Méfiez-vous de ce que dit le discours

Posted by admin on août 26, 2011 at 11:45 .

Méfiez-vous du discours, de celui de votre contradicteur mais aussi du vôtre.

Dans les désaccord, la controverse, il est souvent tentant de travestir le pouvoir du discours pour convaincre alors-même qu’il serait plus judicieux de reconnaître une forme d’erreur dans les prémisses. Je parle bien là de graphisme.

En effet, il n’est malheureusement pas rare qu’un conflit puisse naître à l’occasion de la présentation, de la défense et du jugement d’une œuvre de l’esprit que sont les affiches, catalogues et autres interfaces que nous réalisons au titre de designers graphiques.

Plusieurs préalables à considérer :

  • Vous êtes graphiste et vous êtes supposé faire des choix pertinents et produire des travaux correspondant à une demande,
  • Le mandant ne l’est pour ainsi dire jamais (graphiste, et donc compétent),
  • Enfin, sachez qu’un travail ne se défend pas n’importe comment et pas contre n’importe qui.

Une fois ces prémisses consenties voici ce que je pense qu’il faille ou ne faille pas faire quand on défend un travail ou qu’on demande une opinion.

Dans le cas où on demande une opinion, il faut (et c’est l’essentiel) la demander à une personne qu’on juge compétente ou à une personne dont le jugement nous semble pouvoir nous éclairer sur la manière dont la cible percevra le travail final. En général, le respect pour cette personne augmentera votre réceptivité et votre confiance en son avis et vous aidera. Là la question de l’honnêteté du discours et rarement susceptible d’être mise en doute.

Dans le cas où l’opinion vous est imposée, il est bon de commencer par rappeler que vous êtes en tant qu’auteur le détenteur du savoir-faire et que vous avez une totale assurance en ce qui concerne votre expertise et qu’il est naturel qu’il en aille de même pour tous les intervenants. Sachez accepter et recevoir toute critique dès lors qu’elle est respectueuse. Pour autant on vous opposera souvent un discours péremptoire. Refusez-le. Et surtout ne laissez pas un discours alambiqué ou erroné vous déstabiliser. Gardez en tête que vous ne pouvez sous aucun prétexte accepter un critique qui aille à l’encontre de ce que votre expérience, votre formation, votre savoir faire, votre sensibilité, votre métier en somme. Enfin, si vous voulez éviter le conflit (et selon les dispositions de celui qui se trouve en face de vous), ramenez le discours à des notions concrètes et professionnelles aptes à vous aider à présenter un nouveau travail plus adapté à la demande. Essayez de savoir en quoi vous n’avez pas saisi tel ou tel autre élément de la demande initiale. Si on vous oppose une phrase du goût de « je sais pas, mas ça me plait pas », sachez répondre la stricte vérité, à savoir que c’est le brief qui doit être reconsidéré et non votre réponse à la commande.

Par ailleurs, méfiez-vous de votre discours quand vous tentez de défendre un argument faux ou que vous en inventez a posteriori pour justifier de mauvais choix. Vous devez avoir le courage de reconnaître que votre travail peut souffrir d’imperfections, cela vous fera progresser.

2 Comments

  • Pierre dit :

    « ramenez le discours à des notions concrètes et professionnelles »
    Je pense aussi que la clé est là. En matière de graphisme, il est bon de lister les points à défendre comme garants d’une entière objectivité :
    - ROI
    - respect de l’identité
    - performance et compatibilité d’un site web
    - etc.
    Cela, ainsi que l’élaboration d’un cahier des charges strict validé par le « mandant » permet de déjà se prémunir en partie contre les négociations vaines et autres pinaillages ineptes… derniers recours offerts aux plus incompétents afin qu’ils puissent valider une position hiérarchique usurpée. On distingue deux profils. Si les deux sont capables du pire et « osent tout » comme disait Audiard, les uns ne sont bons qu’à faire du pognon sur le dos des autres, et les seconds à leur en faire perdre.

  • admin dit :

    Comme vous y allez Pierre…
    Merci pour ces remarques. Le ROI est encore l’argument qui trouve le plus d’écho, alors il ne faut pas en être avare.
    Ce commentaire me donne l’idée d’un article prochain (j’espère), sur les présupposés d’un brief : en effet, il y a des points qui, quelle que soit la demande, doivent être respectés sans même que cela soit demandé au graphiste : le respect de la charte (si elle existe) est le premier.

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